Ce que l'avis de l'Anses dit, et ce qu'il recommande
L'Anses avait été saisie par les ministères du Travail, de l'Agriculture et de la Santé pour dire si un tableau de maladie professionnelle se justifiait. Son avis, daté d'avril 2026 et mis en ligne le 15 octobre, s'appuie sur un rapport d'expertise de 267 pages et sur les travaux du Centre international de recherche sur le cancer.
Le groupe de travail « conclut à une relation causale avérée » entre l'exposition professionnelle aux UV et les carcinomes épidermoïdes et basocellulaires, les deux cancers de la peau les plus fréquents. Même conclusion pour le mélanome cutané, le plus dangereux des trois, malgré des incertitudes sur la mesure de l'exposition professionnelle et sur son rôle selon les sous-types de mélanome. Le lien entre UV du soudage et mélanome de l'œil est retenu lui aussi, ce qui concerne tes équipes de serrurerie sur cordes.
Aucun tableau ne couvre ces cancers en France. Entre 2013 et 2024, 137 demandes ont été déposées devant les comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles et 52 ont abouti, soit un avis favorable dans un peu moins de 40 % des cas. L'Allemagne, qui reconnaît ces cancers depuis 2015, a enregistré environ 7 500 déclarations et 4 300 reconnaissances pour la seule année 2018. L'Anses en déduit que ces cancers sont « sous-déclarés et sous reconnus » chez nous. En France, l'enquête Sumer compte environ 3,5 millions de salariés exposés au travail en extérieur.
L'agence plaide pour un tableau dans les régimes général et agricole. Elle demande aussi l'inscription du risque UV au document unique, l'adaptation des postes et des horaires, un examen cutané systématique en médecine du travail et une meilleure traçabilité des expositions. Elle recommande, elle ne décide pas : un tableau se crée par décret, après consultation des partenaires sociaux, et aucun calendrier n'est publié au 6 novembre 2026.
Pourquoi un cordiste en façade prend plus d'UV qu'un maçon au sol
Le rapport ne nomme pas les cordistes. Il classe les cas recensés par le réseau national de vigilance des pathologies professionnelles entre 2001 et 2024, et la construction arrive en tête avec 20 % des cas (85, tous chez des hommes), devant l'agriculture (19 %) et l'industrie (16 %). Dans le BTP, les maçons font 25 % des cas, les couvreurs-zingueurs 13 %, les conducteurs d'engins 8 %. Un cordiste qui refait une étanchéité, purge une corniche ou nettoie une verrière fait le travail du couvreur et du maçon, au même endroit et à la même heure. Avec une différence : il ne peut pas reculer à l'ombre.
Trois particularités du métier aggravent la dose. La position en suspension expose la nuque, les oreilles, les avant-bras et le dos des mains, des zones qu'aucun vêtement de travail standard ne couvre. Le support réfléchit : l'INRS rappelle que l'exposition vient du rayonnement direct, du ciel et du sol. Une façade en pierre claire, un bardage blanc, une verrière ou une pale renvoient une part de ce rayonnement vers le visage, sous le casque. Le créneau : les UVB, ceux qui brûlent et attaquent l'ADN, sont au maximum entre 11 h et 14 h en heure solaire, soit le début d'après-midi à l'heure légale d'été, quand la deuxième corde de la journée vient d'être posée.
Un cancer de la peau chez un cordiste n'est pas encore une maladie professionnelle
Si l'un de tes salariés déclare un carcinome à 52 ans après vingt-cinq ans de cordes, voici le parcours en 2026. Aucun tableau n'existe, donc aucune présomption d'origine professionnelle. Le dossier passe par le système complémentaire. Le médecin-conseil fixe d'abord un taux d'incapacité permanente prévisible, qui doit atteindre 25 % ; puis le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles doit établir un lien « direct et essentiel » entre la maladie et le travail habituel. Un carcinome basocellulaire traité tôt laisse rarement 25 % d'incapacité. C'est sans doute l'une des raisons des 137 dossiers en douze ans.
Un tableau renverserait la charge : la maladie désignée, contractée dans le délai prévu par quelqu'un qui a exercé un travail de la liste, serait présumée professionnelle, sans seuil d'incapacité ni preuve du lien. Pour l'entreprise, la facture change aussi à partir de 20 salariés : une maladie professionnelle reconnue entre alors dans le calcul de ton taux de cotisation AT/MP, alors qu'en dessous le taux est collectif, fixé par secteur.
Ce que la source dit : l'avis est « un argument fort en faveur de la création d'un tableau ». Ce qu'elle ne dit pas : quand. Sur la liste des travaux, l'avis a déjà tranché : il propose une désignation indicative, « tous travaux exercés habituellement de jour et en extérieur, de façon continue ou non », qui couvre une journée de cordes sans nommer le métier. Mon pari, qui n'engage que moi : un tableau avant la fin de la décennie. D'ici là, chaque dossier se joue sur la preuve de l'exposition, et cette preuve se construit maintenant, dans ton entreprise.
La loi t'impose déjà la prévention UV, avis Anses ou pas
Il n'existe pas de réglementation spécifique au rayonnement solaire, l'INRS le rappelle. Mais l'article L. 4121-1 du Code du travail suffit : « L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Il impose prévention, information, formation, organisation adaptée, et l'obligation de faire évoluer ces mesures « pour tenir compte du changement des circonstances ». Un avis d'agence sanitaire qui établit un lien causal avéré est un changement de circonstances. Un inspecteur du travail ou un juge, après un cancer, lira ton document unique avec cet avis à côté. Si le mot UV n'y figure pas, tu pars mal.
Depuis le 1er juillet 2025, tu as aussi le décret n° 2025-482 sur la chaleur, codifié aux articles R. 4463-1 à R. 4463-8. Il se déclenche dès la vigilance canicule jaune de Météo-France. Il t'impose d'évaluer le risque, d'adapter les horaires et de suspendre les tâches pénibles aux heures les plus chaudes. Le texte exige des moyens techniques pour réduire le rayonnement solaire sur les postes exposés, de l'eau potable fraîche (sur un chantier sans eau courante, trois litres par jour et par personne) et des EPI contre « les rayonnements solaires directs ou diffusés ». Le ministère cite les vêtements respirants, les couvre-chefs et les lunettes. Tes salariés doivent être formés aux signes du coup de chaleur, et un protocole de secours doit exister, en particulier pour le travailleur isolé. Les plans de prévention du BTP doivent intégrer ce risque.
Le piège est de croire que ce plan canicule couvre les UV. Il ne les couvre que par ricochet. L'INRS rappelle que les UVB dépendent de la saison, de l'heure et de l'altitude, pas de la température : un jour clair de printemps, par temps frais, aucune vigilance ne se déclenche et le rayonnement est déjà là. Le risque UV mérite sa propre ligne dans le document unique, avec ses propres mesures, actives d'avril à octobre et pas seulement les jours de canicule.
Pour caler la saison : les demandes de renfort et les missions publiées cette semaine, avec le type de support et la ville.
Voir les chantiers ouverts dans ta zonePlanning d'été et EPI : ce qui protège sur une corde
L'INRS et l'OPPBTP donnent le même ordre. D'abord l'organisation : reporter ou décaler les activités quand l'indice UV est élevé, alterner les postes pour limiter le temps au soleil, travailler hors des heures les plus fortes. Sur une façade, ça veut dire commencer tôt sur la face est et basculer vers l'ouest ou le nord l'après-midi quand la configuration le permet. Le rapport de l'Anses ajoute une nuance : décaler les horaires évite le pic de midi mais allonge l'exposition aux UV diffus du matin et du soir. Et travailler à l'ombre ne protège pas totalement, à cause du rayonnement réfléchi.
Ensuite le vêtement, qui bat la crème à chaque fois. L'INRS écrit que « l'utilisation d'écrans solaires se révèle moins efficace que le port de vêtements protecteurs ». L'OPPBTP va plus loin : les tissus à maille serrée filtrent jusqu'à 98 % des UV, et il juge la crème solaire mal adaptée au chantier, « une fausse bonne idée ? » titre son dossier. Une entreprise citée par Prévention BTP a rendu les manches longues obligatoires après la découverte d'un cancer chez un compagnon. Je ferais pareil, sans attendre le cas, et je l'écrirais dans le règlement intérieur pour que la consigne survive aux changements de chef d'équipe.
La dotation UV d'un cordiste, telle que les organismes de prévention la décrivent :
- Haut à manches longues et pantalon en tissu à maille serrée, assez respirants pour rester sur le dos par forte chaleur.
- Protège-nuque fixé sur le casque, ou casque à couvre-nuque intégré : la nuque et les oreilles sont les premières zones brûlées en suspension.
- Lunettes enveloppantes à protections latérales, filtre de niveau 3 ou 4 (normes EN 166 et EN 170 citées par l'OPPBTP), compatibles avec le casque et le port prolongé tête en arrière.
- Crème solaire en complément sur le visage et le dos des mains, renouvelée dans la journée, jamais à la place du vêtement.
- Indice UV du jour consulté le matin avec la météo, comme la vitesse du vent : l'OMS fixe le seuil d'action à 3.
- Eau fraîche sur le poste : le décret chaleur l'impose, et déshydratation et coup de soleil arrivent ensemble.
Un compte pro ouvre aussi le mode recruteur : tu publies une demande de renfort et des cordistes certifiés de ta zone répondent.
Trouver un renfort pour ton chantierSuivi médical et traçabilité : ce que tu peux lancer avant le tableau
L'Anses demande deux choses aux médecins du travail : un examen cutané systématique lors des visites, et le cancer de la peau dans les visites de fin de carrière. Dans une enquête de 2024 citée par le rapport (plan santé travail du Grand Est, plus de 1 500 répondants), la majorité des médecins reconnaissent que ce risque différé n'y est pas abordé. Tu n'as pas à attendre une circulaire. Le suivi individuel renforcé ne vise, pour la chute de hauteur, que le montage et le démontage d'échafaudages : tes cordistes y entrent par la liste de postes que tu complètes toi-même, après avis du médecin du travail et du CSE si tu en as un. Une fois dedans, c'est une visite d'aptitude au moins tous les quatre ans et une visite intermédiaire à deux ans ; tes salariés de 45 ans passent la visite de mi-carrière. Demande par écrit à ton service de prévention et de santé au travail d'ajouter l'examen de la peau à ces rendez-vous. Ça coûte un mail.
Le deuxième chantier est la traçabilité. L'agence recommande d'améliorer « la traçabilité des expositions professionnelles aux rayons UV » sans dire comment. Pour un dossier, ce qui compte, c'est les périodes de travail en extérieur, les tâches en plein soleil et le type de support qui réverbère. Dans une boîte de cordistes, cette traçabilité existe déjà à moitié : tes feuilles d'heures disent qui était sur quel chantier, tes PPSPS décrivent l'orientation et la nature du support. Il manque une colonne. Une fiche par salarié et par saison, avec les jours en extérieur, le type de support, les créneaux horaires et les EPI fournis, sera la pièce centrale d'un dossier de reconnaissance dans quinze ans, que le tableau existe ou non. Sans elle, le comité régional n'aura que des souvenirs.
Reste l'argument du coût. Le rapport ne chiffre pas les mesures et je ne le ferai pas à sa place. Une dotation textile et un protège-nuque par cordiste se comparent à une journée de chantier annulée. Un cancer de la peau chez un compagnon se compte en mois d'arrêt, avec une inaptitude possible au travail en hauteur.
Consulter les missions est gratuit ; un crédit ne se dépense que pour débloquer le contact d'un donneur d'ordre.
Comprendre le système de crédits
